Jean-Pierre RUEL

Les poissons

DescriptionHuile sur toile

Dimensions (L x H cm)100 x 81

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Les comtes de Rhedae

DescriptionHuile sur toile

Dimensions (L x H cm)97 x 130

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Biographie de l'auteur

Né à Saint-Etienne en 1970
Vit et travaille dans le Vaucluse

De modernes icones

On m’avait prévenu, il ne parle pas… Aussi l’avais-je imaginé ours perdu dans la campagne normande. Il n’en est rien, mais il ne parle que s’il a à dire. Politesse moindre, n’est-ce pas ?

«Où va cet homme qui marche, a-t-il un nom ?… Et ce Ballot qu’il porte est-ce son destin ou sa descendance ? »… Ce manteau si vaste sont-ce des morts décapités qui l’habitent ? »

A ces questions, comme l’Etranger qu’interroge Charles Baudelaire, Jean Pierre Ruel semble répondre « Les nuages, là-bas, là-bas, les merveilleux nuages… »

Cet animal, est-ce un agneau, ou un loup qui en aurait pris le masque, tant il semble avoir dévorés de figures ?…

Son « Je ne sais pas » est à entendre comme « Mais n’est-ce pas vous qui savez… Ecoutez-donc la seule la voix de vos émotions… ».
Il est sûr qu’aucun mot qu’il emploierait ne serait à la hauteur de ce qu’il a déjà mis sur la toile.

Mais quelle est donc cette langue muette qui serait la sienne ? Faut-il alors suivre son conseil et écouter ses tableaux ? …

Il y aurait les matières, il y aurait les sujets. Mais il y aurait l’esprit d’un tout qui, délivrant les marques de ce qui ferait style chez Ruel, parlerait d’une façon plus large de ce que serait la peinture même.

La peinture : qu’est-ce pour lui ? On a compris à son refus des mots qu’il n’était pas un fabricant d’images, un peintre qui agence des objets et des formes en les enchâssant dans des matières pour que les langues se délient. Peindre est un chemin qui ne mène qu’à lui-même, c’est sa manière d’être et d’être debout. Sans doute nous ne connaîtrons rien de ses blessures originelles et on devine, par les tableaux qu’il donne aux autres, qu’il parle de lui et qu’il est universel.

Toute œuvre est dans cette étreinte qui relève d’une conviction inouïe que la peinture qui l’habite « parle » une langue première qui défie le temps des heures, qu’elle est au delà des formes qu’il pose une charge et une présence, que l’acte peindre relève plus de l’ascèse que du plaisir.

C’est une allée vers le monde et les autres, un engagement qui à travers le tableau apparaîtra comme délivrance pour lui et message pour autrui.

Quand à l’art, ici la peinture, l’attitude de Ruel nécessite quelque mise au point. Ruel aura souffert, à quelques fortes amitiés prés, de l’exclusion dans laquelle on tenait sa manière, c’était aux Beaux Arts de Lyon, il aurait préféré aux stratégies que l’école lui apporte des notions de métier, pas de carrière. Mais il a pu trouver ça aux Beaux Arts de Paris.

Pour Jean-Pierre Ruel, il semble alors que la peinture n’ait plus pour mission de rendre compte des formes visibles du monde, elle serait investie comme une geste symbolique qui aurait à chercher des vérités ailleurs. Il faut ici alors s’affronter à cette même difficulté soulevée depuis Platon : comment porter au regard autre choses que des apparences, ni ne se réclamer d’aucun ordre du paraître de l’art.

Voilà pourquoi Ruel n’a pas répondu à mes questions. Ils sont bien plus nombreux qu’on ne le suppose, ces artistes qui, dans un ailleurs des valeurs qui dominent, réussissent à faire vivre leur monde donnant à l’art des perspectives que les labels et les monnaies du jour ne savent saisir.

J’aimerais interroger ceux qui regardent un tableau de Ruel, ici imaginer leurs réponses.

Le premier me parlera de ses matières onctueuses. Couleurs toujours en équilibre ; elles se suffisent à elles-mêmes. Leurs applications franches prouvent que le peintre construit l’espace en les posant.
Ruel confirme : « jamais de dessin préalable, seulement une idée que le geste peut contrarier ou que pour les raisons secrètes à l’équilibre du tableau, je modifie en cours de route ».

C’est un va et vient entre l’intuition d’une forme et son épiphanie.
Combat chez l’artiste entre le sens éprouvé comme une force et son apparence plastique. Mais se contenter du seul plaisir des matières ne pourrait suffire. Réduites à elles-mêmes, elles n’auraient que le mérite insuffisant de flirter avec une belle abstraction déjà repérée dans l’histoire.

Le second pourra me parler des sujets de ses figures surgissantes s’imposant comme dans les noirs Goya.
Evoquer le neuvième arcane du tarot, l’Hermite et son ample manteau… Il fuit comme la plupart des personnages de Ruel qui, s’ils ne fuient, chutent ou s’envolent, à moins que surgissent d’eux comme un phylactère ou un ectoplasme. Cette iconographie est faite de figures qui n’appartiennent pas à l’aujourd’hui, par plus que sa façon de disposer de l’espace. Comme si tout cela venait d’un monde qui ignorerait la perspective, le monde hiératique de l’art roman ou byzantin, et il se pourrait que devant ses œuvres on puisse, fermant les yeux, mesurer a quel point une rémanence maintien persistante ses formes : Elles ont la force des icônes.

Le troisième pourra ne rien dire. N’avez vous pas remarqué à quel point nous pouvons être démuni tandis qu’une œuvre installe en nous cette sorte de commotion qui nous sort du temps. Ruel l’aura éprouvée quelquefois, il appelle ça un « état de grâce » : ne pas savoir s’il est resté vingt minutes ou deux jours entiers devant une toile pris dans le mouvement d’un torrent qui l’aurait maintenu dans l’euphorie de la création. Mais il tempère « c’est si rare. Le travail c’est plutôt s’acharner à recouvrir pour arrivera ce que ca sonne juste… «

Le quatrième pourra passer devant une toile de Jean-Pierre Ruel comme on passe devant un mur puisqu’il a consenti à être du parti de ceux qui on rejeté la peinture au nom du mouvement des marées de l’histoire. Mais peut-être que la peinture est un mur. « Un mur de fer invisible – écrit van Gogh – qui se trouve entre ce qu’on sent et ce que l’on peut ». Et Nicolas de Staël lui répondrait : « L’espace pictural est un mur, mais tous les oiseaux du monde y volent librement, à toutes profondeurs. » Reste qu’il faut plus que des yeux mais un cœur pour les voir car n’est-ce pas Malraux qui disait « Le seul domaine où le divin soit visible est l’art quelque nom qu’on lui donne. »

Alain Avila

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